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02.08.16

1. La signature

Cette nuit-là  je n’avais pas pu dormir… Impossible d’avaler mon p’tit déj’ non plus d’ailleurs. J’étais beaucoup trop excitée... Une sensation bizarre comme j’en avais jamais eu. Une espèce de mélange puissant entre peur, curiosité et enthousiasme. Vraiment un truc à te nouer le bide en fait !

On était le 22 août 2015, il faisait une chaleur pas possible, et dans quelques heures j’allais signer pour devenir officiellement un soldat de l’armée de Terre. J’étais en train de boucler mes affaires, sachant bien que je ne reviendrais pas à la maison avant deux semaines (et encore ça c’était dans le cas où mon père me laissait revenir…).

Ouais… c’était vraiment tendu avec mon père depuis que je lui avais dit que je m’engageais. Je crois bien qu’en 6 mois, tout ce qu’il avait pu me dire c’était « t’as mis où la télécommande ? » et « Laisse pas les lumières allumées ! ». Je vous raconte pas l’ambiance... Après, faut avouer que mon père, de base, c’est pas un bavard. Et quand il est contrarié c’est pire !

Dans l’histoire, j’pense vraiment que c’était ma mère qui souffrait le plus. Elle est douce ma mère. Elle était contente que j’aie trouvé un truc qui me motivait. Elle me l’avait dit et elle m’encourageait.  Mais bon, devant mon père, elle insistait pas trop. Elle n’aime pas le conflit ma mère. C’est elle qui m’avait accompagnée chez Decath’ pour acheter quelques fringues de sport quand je m’entrainais aux épreuves sportives.

Bref… du coup, vous aurez deviné, ce matin-là,  c’était ma mère qui m’accompagnait à la signature du contrat. Mon père était resté à la maison, il ne voulait toujours pas voir la réalité en face… sa fille allait devenir soldat. Il a mis du temps avant de pouvoir me parler de ce qui le dérangeait dans cette idée. Je vous raconterai ça plus tard. Vous verrez finalement c’était pas grand-chose… Mais bon, pas grand-chose, c’est déjà beaucoup parfois !

Donc on arrive au CIRFA pour la cérémonie de signature, j’avais laissé mon sac dans la voiture. Il était 9h30, mon train partait à 12h42 pour Gap. J’avais toujours la boule au ventre, les mains moites, et le cœur qui battait à trois milles. Mais je souriais, j’étais fière. Dans la salle de la cérémonie, je retrouvais quelques visages connus. Des gars qu’avaient passé les éval’ en même temps que moi, et puis surtout l’adjudant-chef Druhon, mon conseiller en recrutement.

C’était vraiment un type bien… Il faisait sévère comme ça quand on ne le connaissait pas. Mais c’est l’uniforme ça… et les épaules aussi. Il avait les épaules larges comme un rugbyman. Aujourd’hui encore je suis convaincue que sans lui, je me serais découragée. Vous comprenez, ce qui était bien avec l’adjudant-chef Druhon c’est qu’il n’hésitait pas une seconde à vous raconter une anecdote de sa vie militaire à lui pour vous aider à relativiser, à réfléchir, à rebondir dans les coups de mou.

On était tous assis, tous à peu près dans le même état d’excitation, tous prêts à partir vers l’inconnu. Le chef du CIRFA venait de finir son discours, et ils commençaient à nous appeler, chacun notre tour, par ordre alphabétique pour qu’on aille signer !

« Samia Briand ! » lança le sergent.  C’était mon tour. Je me levai et je signai. L’adjudant-chef Druhon me fit un hochement de tête approbateur. Ça y’est j’étais officiellement engagée.

LA SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE...