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02.08.16

2. L’arrivée au régiment

Dans le train, les heures étaient longues : six pour arriver à Gap… et une multitude de pensées désorganisées se bousculaient dans ma tête. Une seconde, j’étais très inquiète ; la suivante j’étais persuadée que tout irait bien. Je m’imaginais en treillis, portant fièrement tout mon équipement, je fermais les yeux et je pouvais presque ressentir le poids du FAMAS dans mes bras. Mais soudainement, je me voyais courir à la traîne derrière tout le monde… Ça pour le coup, c’est bien la preuve que j’étais pas dans mon état normal, parce que l’adjudant-chef Druhon m’avait bien dit qu’avec mes 10 ans d’athlétisme et mes résultats aux évaluations tout irait bien. Mais bon, j’suis comme ça… je réfléchis trop. Sara me le dit encore souvent.

Sara, c’est ma meilleure amie. Mais peut-être qu’avant de vous parler d’elle, je devrais un peu vous parler de moi.
Ma mère est née en France peu de temps après que mes grands-parents tunisiens s’y soient installés, elle est assistante maternelle. Mon père lui a grandi dans le centre de la France, il installe la fibre optique sur des chantiers. Ils avaient des amis en commun, ils se sont rencontrés, je suis née deux ans après.

J’ai pris la décision de m’engager six mois après mon bac, en décembre 2014, après un reportage sur l’opération Serval au Mali. J’étais tombé dessus par hasard, en zappant et j’avais tout de suite accroché. Après avoir vu ces soldats engagés au Mali, leur quotidien, leurs missions, je ne m’imaginais plus trop continuer mon CDD de vendeuse. J’avais besoin de faire plus, de vivre plus… Alors du coup, quelques semaines après j’ai sauté le pas et j’ai poussé la porte du CIRFA.

Ah oui, pour préciser, j’ai fait un bac littéraire. J’ai toujours aimé écrire. Mais au lycée, ma vie c’était surtout l’athlétisme. J’en ai fait 10 ans, je vous l’ai dit. Ça me prenait presque tout mon temps. Du coup, j’étais un peu solitaire au lycée. Mais c’est à l’athlé’ que j’ai rencontré Sara !

Le train a fini par arriver à Gap. Sur le quai, un militaire m’attendait. En marchant vers lui, je m’en voulais d’avoir les mains moites. C’était le stress mais la chaleur des Alpes n’arrangeait rien. Il m’a serré la main.

- « Bonjour ! Brigadier Jermain. Vous êtes Samia Briand ? »

- « Oui. Bonjour brigadier. »

- « Vous inquiétez pas, ça va aller ! »

On a pris la route du régiment. Sur tout le trajet, le brigadier m’a posé des questions sur moi, sur la raison de mon engagement, sur mes appréhensions… Il me racontait un peu la vie au régiment, ce qui allait se passer à mon arrivée. C’est quelqu’un de très rassurant. Je me rappelle, je me suis dit que c’était bien de l’envoyer lui chercher les nouveaux à la gare. Peu à peu je me détendais et je commençais moi aussi à poser des questions.

Une vingtaine de minutes après, on arrivait au régiment et j’avais déjà une idée plus précise de ce qui m’attendait. C’était plus beau que ce que j’avais imaginé. En fait, le régiment de Gap, c’est des bâtiments comme on en voit qu’à la montagne : en bois, un peu comme des chalets modernes. Le brigadier Jermain m’a accompagnée au poste d’accueil, j’ai remplies quelques papiers. Il était 19h00. C’était l’heure de dîner à l’Ordinaire (c’est comme ça qu’on appelle la cantine). 

Mon premier repas s’est plutôt bien passé. Sur le chemin jusqu’à la table des nouveaux où me menait le brigadier, j’ai senti les regards se retourner sur moi, mais bizarrement ça ne m’a pas troublée. J’étais contente d’être là, fière même. Je me suis assise à une tablée de 10 et j’ai fait connaissance avec ceux qui allaient partager ma vie ces prochains mois. Marion, Farid, Thomas, Myriam, Emeric, Paul et les autres…

La suite dans le prochain épisode...

RELIRE L' ÉPISODE 1