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02.08.16

3. La formation

Après une semaine au régiment, tous les nouveaux engagés de la 27e brigade des chasseurs alpins étaient arrivés. On a tous déménagé au Centre de formation, le CFIM, pour apprendre les bases du métier de soldat. On y a passé trois mois.

En une semaine au régiment, j’avais perçu mon paquetage : treillis, rangers, tenue de sport, chaussettes, chapeau de brousse… Habillée de la tête au pied, fin prête ! On avait déjà commencé à nous apprendre les rudiments du bon comportement militaire : le salut, les grades, comment se présenter, s’habiller, faire son lit, se mettre au garde à vous… Pleins de nouvelles habitudes à prendre !

Quand j’y repense, je m’étonne encore de la vitesse avec laquelle on prend le pli. Le plus dur ça a sans doute été de devoir laisser mon portable dans ma chambre toute la journée. Surtout au début, quand on doit s’habituer à l’absence de ses parents, de ses amis. Le soir quand on pouvait les rallumer, j’avais toujours une dizaine de messages de Sara. Ça fait du bien au début d’avoir des nouvelles de ses proches.

Dans notre promo, y’avait  4 filles, Marion, Myriam, Victoria et moi. On dormait toutes les quatre dans la même chambre. Les garçons, eux, dormait dans un dortoir. Vous verriez ça, la nuit, les instructeurs se relayaient pour s’assurer qu’il n’y ait pas de visites nocturnes. J’avais envie de leur dire qu’aucun de nous ne s’était engagé pour ça…

C’était une des choses qui me faisait peur avant de m’engager. Être une femme soldat, alors que tout le monde voit encore ça comme un métier d’homme. C’était un des arguments principaux de mon père quand il essayait de me faire changer d’avis ! Mais en fait, une fois en régiment, on a tous le même uniforme, tous les mêmes horaires, il n’y a pas de traitement de faveur et ça n’est pas étrange pour eux qu’une femme s’engage. La preuve, je suis devenu pilote de Véhicule Blindé Léger.

Bref, ils étaient quand même un peu inquiets la nuit les instructeurs! Mais faut voir les journées qu’on avait ! Lever 6h ; entretien des locaux jusqu’au petit-déjeuner à 6h45 ; rassemblement une heure après pour recevoir les ordres de la journée. Et après c’est parti, tout s’enchaîne : les séances de sport, l’instruction théorique du tir, de la topographie, de la culture militaire… puis la pratique, sur le pas de tir, en exercices… Avec tout ça, on faisait pas les malins le soir. Dormir, ça nous allait très bien !

Au CFIM, j’ai découvert aussi qu’il y a sport et… SPORT ! (même pour moi et mes 10 ans d’athlétisme)  En fait, on n’y pense pas avant d’arriver, mais courir en rangers et en treillis, avec un FAMAS dans les bras, c’est dur et ça s’apprend ! Heureusement, nos instructeurs nous ont mis en binôme dès notre premier jour, pour qu’on se soutienne les uns les autres et que tout le monde ait le même niveau à la sortie !

Mon binôme à moi, c’était Emeric. Et d’ailleurs, ça l’est encore aujourd’hui. Même si le CFIM est terminé depuis plusieurs mois, on est resté une équipe soudée. Emeric, il vient de Toulouse. Je me rappelle, au début, j’avais envie de rire dès qu’il ouvrait la bouche avec son accent du sud-ouest ! C’est un mec super, on est devenu membre du même équipage : il est tireur dans la tourelle du VBL que je pilote. Au CFIM, on a mis un peu de temps à s’apprivoiser. Déjà, on a tous les deux un caractère fort, et du coup, ni lui, ni moi, n’admettions qu’on avait besoin d’aide. Mais au CFIM, on apprend vite que dans l’armée de Terre, on est soldat ensemble, pas seul.

Pour ceux qui iront en CFIM un jour ou ceux qui y sont allé et que ça intéresse, je peux vous dire ce qui a le plus compté pour moi. D’abord, j’ai découvert la fraternité, la cohésion. Et pour moi, c’était vraiment nouveau. Je vous l’ai dit j’étais assez solitaire au lycée et l’athlétisme, mis à part quand on s’entraîne au relais, c’est un sport plutôt perso. Ensuite, y’a la responsabilité. J’en ai vraiment pris conscience le jour de la cérémonie où l’on m’a remis mon FAMAS. Et puis surtout la fierté... La fierté que j’ai eue quand on m’a enfin remis ma tarte (c’est le béret spécial des chasseurs alpins) à la fin du CFIM. C’était une cérémonie très solennelle. On l’a tous senti, on était plus les petits nouveaux qui regardent passer les soldats du régiment depuis les fenêtres du CFIM avec des rêves pleins la tête.

On avait encore pleins de choses à apprendre mais on était soldat pour de bon. Je faisais enfin partie du 4 (le 4e régiment de chasseurs alpins).

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