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19.12.16

Nicolas, maréchal des logis-chef, possédait déjà en lui ce mélange de cultures. Né au Brésil, il est adopté par ses parents Français à l’âge de 9 ans. Il emménage en Haute-Savoie et c’est là-bas, grâce aux reportages sur l’armée diffusés à la télévision, que sa vocation nait. Il le sait, il veut devenir militaire pour servir son pays et voir du pays.

 

Nicolas, combien de fois êtes-vous parti en Opex ?

J’ai fait un départ de courte durée en Martinique en 2001. S’en est suivi 3 Opex, au Kosovo en 2003, en Afghanistan en 2007 et au Mali en 2013 pour des durées de 4 à 6 mois et demi.

Y’a t-il des différences entre une vie de caserne en métropole et à l’étranger ?

Cela dépend de l’endroit où l’on part. Pour les missions de courte durée, les conditions sont identiques à celles de la France. Les bâtiments sont en durs par exemple. En Opex, c’est différent. Vous n’avez aucun bâtiment en dur, tout est construit sur place par l’armée car il n’existe rien à notre arrivée. On trouve donc des tentes et même des chalets en bois quand on cohabite avec les Américains. C’était le cas en Afghanistan. Sinon nous fonctionnons toujours avec la même approche : respecter le territoire où l’on se trouve.

Concernant la vie en elle-même, elle change forcément. On se trouve dans un pays en guerre donc parfois on peut sortir en civil mais c’est très rare. La plupart du temps on est en tenue militaire avec notre arme pour faire face au danger. J’ai connu ça en Afghanistan et au Mali, moins au Kosovo.

 

« Les habitants nous ont vite vu comme des bienfaiteurs »

Quels étaient vos rapports avec les populations locales sur le terrain ?

Cela varie en fonction du territoire et des missions. Au Kosovo, les premières années, nous étions très mal perçus. La population pensait qu’on voulait les envahir. Au fil du temps les relations se sont détendues, surtout quand ils ont compris le but de notre venue qui était de les aider, de sécuriser leurs pays et de former leur armée. C’est donc devenu plus facile de discuter avec la population, malgré la barrière de la langue. On essayait d’apprendre quelques mots sur place pour échanger, sinon on faisait appel à notre interprète. Là-bas on menait des actions civilo-militaire, on allait dans les coins perdus où on rentrait en contact avec le chef du village ou le prof de l’école pour savoir ce dont ils avaient besoin en terme de matériel éducatif. On allait dans des villages serbes, entourés d’Albanais, qui avaient du mal à sortir de chez eux à cause des tensions qui régnaient entre les deux communautés. Notre mission était principalement humanitaire : apporter des vivres, de l’eau, des rations et améliorer les complexes sportifs. Les habitants nous ont vite vu comme des bienfaiteurs. Ils nous remerciaient énormément, on prenait des photos tous ensemble. C’était du contact humain, de la joie partagée.

 

« Les Américains ils payent, les Français ils discutent »

Qu’avez-vous appris sur vous lors de vos missions à l’étranger ?

Je me suis rendu compte à quel point nous râlions pour rien, nous Français. Cela m’a permis de relativiser sur mes petits problèmes du quotidien. On se dit qu’on est chanceux d’être Français, d’avoir un si beau pays. Cela m’a appris la tolérance et m’a permis d’avoir une ouverture d’esprit plus grande aussi. Ce sont des leçons qui ont servi autant ma vie de militaire que ma vie d’homme, de père et de citoyen. Là-bas, ils arrivent à être heureux avec rien. Et la seule chose qui les intéressent c’est de partager, de donner.

Quel est le regard de la population locale sur l’armée Française ?

Ils nous aiment bien. Ils savent que l’armée Française prend le temps de s’arrêter, de discuter, d’essayer de régler les conflits par le dialogue. Cela vient de notre formation d’une part et de notre apprentissage sur le terrain d’autre part. On est beaucoup mieux vu que certaines armées. Par rapport aux Américains, par exemple, nous ne sommes pas perçus de la même façon. Les locaux diront que les Américains ne négocient pas, ils payent et c’est tout. Alors que nous les Français, on marchande, on discute. Je me rappelle d’ailleurs d’un habitant local qui me disait : « Les Américains ils payent, les Français ils discutent ».

Avez-vous gardé contact avec des habitants locaux rencontrés sur place ?

Non, malheureusement. À chaque fois, quand je finissais mes missions, je recevais des courriers, des dessins, des cadeaux de départ. Que ce soit de la part des interprètes ou des personnes rencontrées dans les villages isolés. Mais finalement on garde les souvenirs mais pas le contact. Les problèmes de langue n’aident pas. Sans oublier qu’à part le courrier, ils ne disposent pas de moyen pour communiquer à distance. Ça manque de ne pas savoir ce qu’ils sont devenus, de ne pas savoir si notre opération a servi à quelque chose.

 

« C’est ce qu’on cherche finalement, aider les gens, être à leur contact »

Quelle opération vous a le plus marqué ? Pourquoi ?

D’un point de vue humanitaire, j’évoquerais ma mission dans un village au Mali au sein un dispensaire. L’idée était de faire passer un bilan de santé aux habitants des environs. Ce jour-là, on n’a reçu quasiment que des femmes et des enfants. Certains venaient de parcourir entre 15 et 20 kilomètres à pieds. Je m’occupais de l’accueil et de la gérance administrative quand les infirmiers et les médecins faisaient des pansements aux enfants brûlés, administraient des vaccins. Cela m’a énormément touché. On se sent vraiment utile dans ce genre de situation. Je considère avoir peu fait mais je me suis vraiment investi. C’est ce qu’on cherche finalement, aider les gens, être à leur contact.

Avez-vous le souvenir d’avoir vécu des situations inattendues, avec les habitants, qui vous ont marquées ?

Encore en Afghanistan. Comme c’est un pays musulman, un homme ne voulait pas que ce soit un médecin masculin qui ausculte sa femme. On a donc dû trouver une alternative en demandant à une infirmière d’examiner son épouse.

Êtes-vous tombé sous le charme de certains endroits du monde que vous avez découvert durant vos missions ?

J’ai bien aimé le Kosovo. Comme j’étais pilote de véhicule, j’ai traversé le pays de long en large. Du pont Mitrovika, construit par les Français d’ailleurs, jusqu’à Pristina. C’était très joli. Le paysage est très différent et peut changer du tout au tout. Dans la campagne du Kosovo on se croirait dans les années 20 alors que dans le centre ville on voit rouler des voitures dernier cri.

L’Afghanistan c’est différent, ils ont connu 60 ans de guerre donc les monuments sont détruits. Pour celui qui aime la montagne, c’est un endroit à voir. Il y a de très beaux paysages. C’est des terrains tortueux, très secs. On se demandait comment la végétation arrivait à pousser dans ces conditions.

Pensez-vous vous installer à l’étranger si vous quittez l’armée de Terre ?

Pour le moment, non. Ayant des origines brésiliennes et comme je n’ai jamais eu l’occasion de me rendre au Brésil, j’ai l’idée d’aller y faire un tour un jour. Je ne me verrais pas aller m’installer dans les pays côtoyés lors de mes missions mais ces missions ont quand même renforcé en moi mon envie de voyage.