• 2016-12-28-interviewsite.jpg

28.12.16

Yves s’est pas mal cherché. D’abord fan de moto cross durant sa jeunesse, il aurait aimé poursuivre dans cette voix. Finalement, il suivra un apprentissage dans les espaces verts qu’il quittera pour rejoindre l’armée une première fois 1998, puis définitivement en 2002. Un choix qui a changé sa vie.

Yves, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Je suis originaire de Brétigny-sur-Orge dans l’Essonne. Durant mon adolescence je faisais beaucoup de moto cross, un univers dans lequel je me serais bien investi plus longtemps mais ça ne s’est pas fait. Par la suite j’ai suivi un apprentissage dans les espaces verts car mes parents possédaient une entreprise dans ce domaine. J’ai travaillé avec eux jusqu’en 1998 où j’ai décidé de devancer mon service militaire. J’avais la volonté de faire de ma vie quelque chose de bien.

J’ai suivi une formation de parachutiste, ça m’a beaucoup plus. Je suis parti dans l’Ariège et à peine arrivé dans le régiment, on nous a demandé si nous étions volontaires pour partir au Liban. J’ai dit oui. En revenant, j’ai pu profiter de longues permissions. Entre les copains, les sorties et les distractions de la vie civile j’ai pas mal profité. À l’époque je devais m’engager, j’ai préféré y renoncer. J’ai fait plein de petits boulots avant de revenir à l’armée de Terre en 2002, toujours chez les parachutistes.

J’ai refait toute la préparation de A à Z, je devais devenir tireur d’élite mais finalement j’ai été formé dans la spécialité des télécommunications car j’ai eu de très bons résultats au test de lecture du son. Après j’ai enchaîné pas mal de métiers différents : pilote d’engin blindé, responsable du magasin auto et aujourd’hui je suis secrétaire conducteur d’une autorité.

À travers ma carrière j’ai eu de nombreuses occasions de voyager, j’ai fait 7 Opex en tout. Au Liban, au Kosovo, au Tchad, en Afghanistan et au Gabon.

Durant votre enfance, quel métier rêviez-vous de faire ?

Comme la moto me plaisait vraiment bien, j’aurais aimé être poussé par mes parents afin de poursuivre dans ce secteur. C’est un sport assez dangereux et mon corps en a subi les conséquences avec de multiples fractures, ce qui a dû refroidir mes parents. Sinon, j’ai toujours aimé les métiers manuels, construire quelque chose de mes mains en partant d’un produit brut pour arriver à un produit fini. Ferronnier ou maréchal-ferrant auraient pu me plaire.

« Je savais qu’en cas de coup dur je pourrais toujours compter sur cette camaraderie »

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous réengager en 2002 après votre retour dans le civil ?

À l’époque j’avais surtout en tête l’idée de prouver à mes parents que j’étais capable. Capable de m’assumer tout seul et de réussir au sein de l’armée. Au début ils ressentaient pas mal d’inquiétude, ce qui peut se comprendre car j’étais un jeune célibataire, mais aujourd’hui ils sont fiers de mon parcours.

Était-ce un choix mûrement réfléchi ?

J’y ai réfléchi car je ne voulais pas faire volte face au bout de 15 jours, mais ma décision s’est prise rapidement. J’étais convaincu que je tiendrai. Je connaissais le milieu, pour y avoir fait mon service militaire, je savais qu’en cas de coup dur je pourrais toujours compter sur cette camaraderie, cette cohésion qui existe dans une compagnie et qui fait sa force.

« L’armée m’a appris l’humilité,  le partage et la débrouillardise »

Pourquoi avoir choisi l’armée de Terre et non la Marine ou l’armée de l’air ?

J’ai fait ce choix car quand je me suis engagé, j’étais déjà breveté parachutiste, je connaissais très bien cette spécialité. La Marine et l’armée de l’air ne m’intéressaient pas plus que ça. J’avais une vision un peu caricaturale de l’armée de l’air. Pour moi c’était soit tu es très bon et tu finis pilote, soit tu es mauvais et dans ce cas tu ne peux rien y faire. J’ai senti l’armée de Terre bien plus accessible. On vous fait confiance, on vous fait évoluer, passer des permis de conduire, apprendre à bivouaquer, à sauter en parachute. Mille et une choses différentes. Ma vraie vocation c’était de faire partie de l’armée de Terre.

Qu’est-ce que l’armée de Terre vous a apporté ? Dans votre vie professionnelle et en tant qu’homme ?

Énormément de choses. Déjà en terme de valeurs cela m’a appris l’humilité, le partage et la débrouillardise. Le respect des anciens et de la transmission aussi car c’est grâce à nos aïeux que nous disposons d’un savoir si vaste. Cette notion de transmission est l’une de nos forces, de génération en génération le savoir se transmet, les chefs servant de relais. J’essaye de transmettre ces valeurs à mes 3 enfants, la notion de patrie, de respect du drapeau, de la France. Ce n’est pas tous les jours facile mais j’essaye de faire de mon mieux.

Votre parcours est riche et divers, pensez-vous qu’il aurait été de même si vous étiez resté dans le monde civil ?

Non je ne pense pas. Par exemple quand vous voulez partir à l’étranger dans le civil il faut faire une demande de visa, ça prend du temps. Dans l’armée je peux être envoyé à l’étranger en 24h. J’en ai pris tellement plein les yeux à travers mes missions, j’ai vécu des situations que je n’aurais jamais pu effleurer du doigt dans le monde civil. J’aurais travaillé dans l’entreprise de mes parents, j’aurais sans doute fait le même métier toute ma vie. Ce n’est pas facile de changer de métier, surtout dans la période actuelle. Dans l’armée, celui qui a la volonté de changer de poste peut le faire sans problème. Il lui suffit d’en faire la demande, de partir en stage et c’est l’institution qui se charge du reste. Tout est facilité.

Pensez-vous retourner travailler dans le civil à l’avenir ? Si non pourquoi ?

Je suis pour l’instant sous contrat avec l’armée de Terre jusqu’en 2021. Peut-être que je signerais de nouveau après car il y a encore tellement de postes que j’aimerais explorer, je n’en vois pas le bout. La seule contrainte c’est que je suis militaire du rang et je ne peux excéder les 27 ans de service. Alors il faudra un jour que je rejoigne la vie civile.

Je me lancerais peut-être dans la métallurgie, la mécanique ou les espaces verts.

 

« Peu importe l’origine sociale, religieuse ou ethnique, dans l’armée de Terre nous acceptons tout le monde »

 

Quels sont vos meilleurs souvenirs au sein de l’armée de Terre ?

Les sauts en parachute, des prises d’arme et le 14 juillet. Défiler sur les Champs-Elysées, en tant que militaire avec sa famille à côté, c’est quelque chose à faire au moins une fois dans sa vie.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier aujourd’hui ?

Toute la carrière que j’ai faite, mon parcours. Partir de rien pour être là où je suis aujourd’hui. Réussir à conjuguer vie de famille et vie de militaire. Tout cela me rend vraiment fier.

Que diriez-vous à un jeune qui se pose la question de s’engager au sein de l’armée de Terre ?

Je ne lui dirais qu’une chose simple : tu ne le regretteras pas, tu vas t’épanouir. Cela me fait penser qu’au dessus de mon bureau j’ai une vieille affiche de recrutement des parachutistes. Elle date de quelques dizaines d’années. Le texte qui y est inscrit dit : « Il y a des socialistes, des cubistes, des nudistes, des syndicalistes, des gaullistes, des arrivistes... Si tu n’as pas encore choisi si tu es un homme, pourquoi ne deviendrais-tu pas parachutiste ? ». Tout ça pour dire que peu importe l’origine sociale, religieuse ou ethnique, dans l’armée de Terre nous acceptons tout le monde.