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23.11.16

Grâce aux nouvelles technologies, il n’a jamais été aussi facile de rester en contact fréquent avec un proche parti en opération à l’étranger. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Retour, à travers le témoignage de deux soldats, sur les différences de communication entre aujourd’hui et le début des années 2000.

C’était au Kosovo, où Adrien était déployé en 2001, à l’époque Skype et Facebook n’existaient pas et il fallait être patient avant de recevoir des nouvelles de ses proches : « Il y avait le vaguemestre (la personne en charge de la distribution du courrier) qui s’amusait à nous faire marcher lors de la distribution du courrier. Il nous faisait croire qu’il n’avait rien pour nous, ça ne nous faisait pas tout le temps rire ».

Alors quand le vaguemestre se décidait enfin à distribuer les précieux sésames le soldat n’avait qu’une seule envie : ouvrir sa lettre « C’était un vrai plaisir, moi je partais m’isoler dans ma chambre et je pouvais lire le papier plusieurs fois de suite tellement cela me faisait du bien » raconte Adrien.

« Je pouvais lire le papier plusieurs fois de suite tellement cela me faisait du bien »

La lettre n’était pas le support privilégié d’Hinsley lors de son opération au Mali en 2014. Pour lui, c’était plus les réseaux sociaux et la vidéo : « 90% de personnes utilisent Skype surtout quand t’as une copine et des enfants en bas âge qui grandissent vite. Moi, j’utilisais aussi Snapchat pour faire des selfies avec en fond un décor un peu plus exotique que celui qu’on trouve en France ». Utiliser son téléphone pour faire saliver les copains mais aussi rassurer la famille « Quand on est sur le camp on est libre de contacter ses proches quand on veut même si le plus important reste la mission qu’on prépare avec soin. Par contre quand on quitte le camp pour intervenir sur le terrain, interdit d’amener son téléphone car ça peut aider l’ennemi à nous repérer ». Des problèmes qu’Adrien n’a pas connus puisque au début des années 2000 les téléphones portables étaient encore assez rares : « Nous aussi nous étions libres de contacter nos proches quand on n’était pas en mission. On avait droit à une carte téléphonique payée par l’armée pour utiliser la seule cabine de téléphonique disponible sur le camp. Il m’est aussi arrivé d’aller chez l’habitant pour appeler ou de me rendre dans des cybercafés ».

Aujourd’hui plus besoin de sortir de la base pour pouvoir joindre le pays, avec l’installation du Wi-Fi Hinsley appelait ses parents depuis sa chambre « C’est le début où le Wi-Fi a été installé et c’était un vrai plus de pouvoir appeler sa famille et sa copine, installé dans son lit. On a vraiment l’impression d’être connecté avec eux et leur quotidien ». Des progrès techniques qui permettent au soldat et à la famille de partager des moments d’intimité même à plusieurs milliers de kilomètres « Quand on part en mission on se sent loin mais proche à la fois. On a toujours l’impression de faire partie de la famille. Il m’est par exemple arrivé de participer à un diner de famille par téléphones interposés ».

« C’était un vrai plus de pouvoir appeler sa famille et sa copine, installé dans son lit »

Pouvoir raconter sa journée à la famille tous les jours a aussi l’avantage de partir en mission l’esprit tranquille puisque ses proches sont rassurés.

Si les nouvelles technologies ont permis un maintien régulier du contact entre l’engagé et ses proches, il y a une chose qui demeure inchangée à travers le temps : le contenu des conversations. Hinsley encore « Nous n’avons pas le droit de mentionner quoi que ce soit qui ait un rapport avec à nos missions et nos déplacements car cela pourrait fournir des informations cruciales à nos adversaires » De quoi frustrer Hinsley ? Pas vraiment « De toute façon il est bon de préserver notre famille sur ce que nous faisons et ainsi leur éviter un stress inutile ». Des paroles sages qui font écho à la volonté de l’armée de Terre de préserver la sécurité des troupes déployées en opérations et celle des familles restées en France en sensibilisant les soldats, avant chaque départ, sur le contenu de leurs échanges avec leurs proches.