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19.12.17

Avez-vous déjà passé une journée à la montagne en plein blizzard ? Les troupes de montagne, elles, connaissent la montagne et ses caprices mieux que personne. Entraînés pour survivre été comme hiver, de jour comme de nuit dans ces merveilles de la nature, ces soldats sont formés à défendre les intérêts de leur pays dans des espaces naturels qui peuvent se montrer particulièrement inhospitaliers. Pour en savoir plus sur cette vocation, nous avons posé nos questions au Brigadier-chef Adrien du 4ème régiment de chasseurs.

Sengager.fr : Pourriez-vous nous expliquer ce que ce sont les troupes de montagne ?

Brigadier-chef Adrien : Les troupes de montagne sont des soldats de l’armée de Terre, spécialisés dans la survie et le combat en montagne, à pied ou en véhicule, de jour comme de nuit. Tous les soldats des troupes de montagne sont rassemblés dans la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne.

Sengager.fr : Quelle est la différence entre les troupes de montagne et les chasseurs alpins ?

Brigadier-chef Adrien : Souvent, les deux termes sont confondus. En réalité, les chasseurs alpins font bien partie des troupes de montagne mais ne représentent que trois bataillons à pied et non la brigade entière. La confusion vient aussi du fait qu’on utilise le terme « alpins » pour désigner les troupes de montagne.

Sengager.fr : Quelles spécialités militaires peut-on retrouver chez les troupes de montagne ?

Brigadier-chef Adrien : On peut y retrouver un grand nombre de spécialités puisqu’il existe des bataillons d’infanterie, un régiment de cavalerie, d’artillerie, et une compagnie de commandement et de transmissions de montagne. Le génie quant à lui appartient à la Légion étrangère.

Sengager.fr : Pourquoi avez-vous choisi cette voie-là ?

Brigadier-Chef Adrien : Lorsque je me suis engagé, je voulais un régiment opérationnel, sportif, et surtout je voulais partir en Opération Extérieure. Il se trouve que la brigade d’infanterie de montagne venait de passer professionnelle donc c’était une brigade qui allait devoir monter en puissance, faire ses preuves et par conséquent qui allait devoir partir en OPEX donc c’était très attrayant pour moi. Et surtout, la brigade d’infanterie de montagne est une brigade rude et sportive dans laquelle on retrouve un très bon état d’esprit. On nous y apprend l’humilité et l’esprit de cordée, on n’abandonne personne.

Sengager.fr : Justement, l’esprit de cordée, c’est quoi ?

Brigadier-Chef Adrien : Le milieu de la montagne est très rude en hiver et comme en été. L’appellation « esprit de cordée » vient de la corde qui rattache les soldats en montagne pour des raisons de sécurité. L’esprit de cordée signifie qu’on ne coupera pas la corde en cas de chute, c’est-à-dire que si un soldat fatigue, on ne l’abandonnera pas, on ne laisse personne derrière.

Sengager.fr : Pourriez-vous nous donner des exemples d’exercices d’entraînement ?

Brigadier-Chef Adrien : Lorsque l’on rentre dans la brigade d’infanterie de montagne, toute personne, qu’elle soit dans l’infanterie, l’artillerie ou la cavalerie a pour obligation de passer et réussir deux examens. Le premier est le BSM : Brevet Skieur Militaire. Il s’agit de suivre un apprentissage de la progression dans la montagne à ski en mode tactique avec son sac, son arme, de jour comme de nuit et à pouvoir vivre en montagne. Donc si nécessaire, faire un igloo, s’abriter avec un abri d’urgence dans la neige, dans la forêt et ça de jour comme de nuit.

Le second test qu’il faut passer et réussir est le BAM (Brevet d’Alpinisme Militaire) qui comprend des marches toujours en mode tactique avec son sac et son arme, mais plus souvent l’été, à pied avec également de l’escalade et de la progression en glacier.

Tout chasseur doit être breveté BSM et BAM pour pouvoir partir en Opération Extérieure.

Quand il ne les a pas, il reste en formation jusqu’à l’obtention de son brevet, ou peut être muté dans une autre brigade.

Sengager.fr : Concrètement que font les troupes de montagne en OPEX ?

Brigadier-chef Adrien : La mission va dépendre soit du théâtre d’opérations sur lequel on va être déployé, soit de l’ambiance locale. Si c’est en période de crise, ça va être beaucoup plus actif, si c’est en période de paix, ça va être tout autre. Par exemple, en Afghanistan, les premiers mandats où l’armée de Terre a été déployée étaient plutôt des missions d’assistance qui se localisaient dans la région de Kaboul et des alentours. Au fur et à mesure du conflit, les talibans ont commencé à s’approcher de plus en plus et donc on est passés en mission de combat. C’est-à-dire clairement combattre les talibans et les empêcher d’atteindre Kaboul dans la montagne ou dans la ville même. Sur place, peu importe les unités (alpines, parachutistes, etc.), on peut nous demander des missions d’assistance à la population. Ça peut être une reconstruction de route, de pont, une construction d’école. On fait aussi ce qu’on appelle des aides médicales gratuites, c’est-à-dire que pendant un laps de temps on va aller dans une ville ou un village et travailler toute la journée avec une équipe médicale afin de prodiguer des soins totalement gratuits à la population. On a aussi des missions de formation au sein de la police et de l’armée locale. On les forme au combat, au tir, etc.

Sengager.fr : Quelle est la signification du brevet avec un oiseau ?

Brigadier-chef Adrien : Beaucoup de gens pensent qu’il s’agit d’un aigle. En réalité, il s’agit d’un choucas, symbole des troupes de montagne, car c’est un oiseau qu’on ne trouve que très haut dans la montagne.

Sengager.fr : Qu’est-ce qui vous semble le plus important à retenir de vos années de service dans les troupes de montagne ?

Brigadier-chef Adrien : Dans l’armée de Terre, avant d’être chasseur alpin, parachutiste, infirmier, secrétaire, cuisinier on est avant tout soldat. Je retiens particulièrement les valeurs qui se démarquent dans mon régiment : humilité, entraide, courage, abnégation, cordée, traditions. La montagne est un milieu exigeant et parfois inhospitalier. Nous vivons une expérience unique dans l’armée de Terre en tant qu’alpins, car nous sommes confrontés à notre insignifiance face à la puissance la nature. S’en dégagent une solidarité et un sentiment d’appartenance que l’on ne retrouve nulle part ailleurs : Chasseur un jour, chasseur toujours.